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"Graecia capta ferum victorem cepit et artes intulit agresti Latio"
(Horace, Epîtres II, 1, 156-157)

Quae sum?

Professeur de Lettres Classiques au collège Maryse Bastié d'Ingrandes sur Loire (49) et chargée de cours à l'Université de Nantes, j'ai créé ce blog avec l'objectif d'offrir à mes élèves, à mes étudiants et à tous ceux que cette époque passionne,  un espace de culture, d'échanges et de travail sur l'Antiquité, principalement le Latin et le Grec.

Catherine Sorin

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Avete! Χαίρετε!

Par envie de nouveauté, j'ai réalisé ce deuxième blog destiné à remplacer "Ave Magister". Le design change, mais l'objectif reste le même: partager avec vous tout ce qui  a trait à l'Antiquité gréco-latine, tout ce qu'elle nous a transmis et continue de nous transmettre.

Vous y trouverez donc des conseils de lecture, des informations, des ressources exploitables en cours... bref, tout ce qui peut être utile en latin comme en grec! Progressivement seront également publiées des pages consacrées à la littérature française inspirée de l'Antiquité. Questions et suggestions seront évidemment les bienvenues et je m'efforcerai d'y répondre dans les meilleurs délais.



Phrases antiques à méditer

Jeudi 24 avril 2008
Avete, χαίρετε,

De toutes les tragédies antiques que j'ai pu lire, l'une de mes préférées s'intitule Antigone de Sophocle (442 av. J.-C.)  Je me souviens avoir fait jouer cette pièce en spectacle de fin d'année à ma classe de 4e, c'était le 24 juin 1994, voilà  14 ans déjà! Et j'ai conservé plusieurs photos en souvenir de cette manifestation.

Rappelons brièvement les faits: fille d'Oedipe et de Jocaste, Antigone a deux frères, Etéocle et Polynice, et une soeur, Ismène. Après le départ d'Oedipe chassé de Thèbes par ses fils, ces derniers conviennent de régner tour à tour. Mais lorsque Polynice vient réclamer le trône, son frère le lui refuse. Les deux frères se battent - cet épisode est du reste relaté dans la tragédie d'Eschyle, les Sept contre Thèbes (467 av J.-C.) - et s'entretuent. Devenu roi, leur oncle Créon accorde des funérailles à Etéocle mais les refuse à Polynice, considéré comme traître à sa patrie, et promet la mort à quiconque enfreindra cette loi...

Dès la première lecture, la personnalité d'Antigone m'avait frappée. Décidée à ensevelir son frère, elle n'hésite pas à braver l'interdiction de son oncle. La force son caractère apparaît dès le prologue, quand elle vient s'ouvrir de son projet à sa soeur qui la désapprouve:(traduction de R. Pignarre)

οὕτως ἕχει σοι ταῦτα, καὶ δείξεις           τάχα εἴτ᾿εὐγενὴς πέφυκας εἴτ᾿ἐσθλῶν κακή
Les choses en sont là et bientôt tu devras montrer si tu es fidèle à ta race ou si ton coeur a dégénéré .

Pour elle le devoir sacré qui consiste à ensevelir un proche, cette loi divine est au-dessus d'une loi humaine. Elle se montre extrêmement dure à l'égard de sa soeur, terrifiée à l'idée de ce qu'elle projette.

Une fois sa décision prise, Antigone part vers son destin. Mais un garde la surprend et la conduit à Créon. Celui-ci l'accable de reproches, mais la fille d'Oedipe n'en a cure: Polynice était de son sang, elle n'a fait que son devoir, cette unique pensée va bien au-delà du conflit qui opposait ses frères:

οὔτοι συνέχθειν, ἀλλὰ      σuμφιλεῖν ἔφυν.    
Je suis faite pour partager l'amour, non la haine


Antigone ne se reconnaît plus dans la société imposée par Créon. Elle n'a plus désormais ni père ni mère ni frères. La vie ne présente plus pour elle aucun intérêt même si elle regrette de n'avoir pas vécu aux côtés d'Hémon, son fiancé, l'existence qui lui était promise:

ὅστις γὰρ ἐν πολλοῖσιν ἐς ἐγὼ κακοῖς ζῇ, πῶς ὅδ᾿οῦχὶ κατθανὼν κέρδος φέρει· Quand on vit au milieu des maux, comment n'aurait-on pas avantage à mourir?

Antigone est une sublime héroïne de tragédie, courageuse, intraitable, rebelle à en mourir!

Valete, χαίρετε!
Par C.S. - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 22 avril 2008
Avete, χαίρετε!

Dans une célèbre page de la 5e édition de ses Caractères, La Bruyère déclarait en 1690:
"Il y a des misères sur la terre qui saisissent le coeur. Il manque à quelques-uns jusqu'aux aliments; ils redoutent l'hiver; ils appréhendent de vivre. L'on mange ailleurs des fruits précoces; l'on force la terre et les saisons pour fournir à sa délicatesse: de simples bourgeois, seulement à cause qu'ils étaient riches, ont eu l'audace d'avaler en un seul morceau la nourriture de cent familles..."

Ce cri d'indignation est encore d'actualité malheureusement. Poussées par la misère et la faim, des populations descendent dans la rue pour hurler leur colère et faire prendre conscience de leur malheur aux privilégiés que nous sommes. Une telle inégalité ne devrait bien sûr plus exister au XXIe siècle, et le luxe insolent qu'affichent certaines personnes la rend encore plus insupportable.

Mais qu'en était-il dans l'Antiquité? On a souvent évoqué la frugalité spartiate, la sobriété athénienne. Les Romains eux-mêmes, dans leur grande majorité, ne faisaient qu'un vrai repas par jour, la cena; le jentaculum et le prandium
  n'étaient guère consistants.

Il s'est pourtant trouvé des auteurs anciens pour fustiger la gloutonnerie de leurs semblables. Dans ses Moralia, au chapitre consacré aux "préceptes d'hygiène", Plutarque fait dire à Socrate qu'il faut se méfier des plats et des boissons qui invitent à manger et à boire quand on n'a ni faim ni soif. Plus loin, il ajoute:

"φυλακτέον δὲ τῆς περὶ ταῦτα φιληδονίας καὶ γαστριμαργίας οὐδὲν ἥττον ἀπειροκαλίαν καί φιλοτιμίαν·"

Ce que Victor Bétolaud traduit ainsi:

"En de telles choses, la gourmandise et la gloutonnerie ne sont pas moins à fuir que l'inconvenance et la vanité."


Sénèque se montre tout aussi sévère lorsqu'il affirme dans sa Consolation à Helvia, X,4-5:

"C. Caesar {Augustus}, quem mihi uideretur rerum natura edidisse ut ostenderet quid summa uitia in summa fortuna possent, centiens sestertio cenauit uno die; et in hoc omnium adiutusingenio uix tamen inuenit quomodo trium prouinciarum tributum una cena fieret.[...] Alioqui, si ad sanam illis mentem placeat reuerti, quid opus est tot artibus uentri seruientibus? quid mercaturis? quid uastatione siluarum? quid profundi perscrutatione?

Ce qui fut traduit ainsi:

"
C. César, que la nature semble n'avoir fait naître que pour montrer jusqu'où peuvent aller les vices les plus monstrueux avec une immense fortune, dévora dans un souper dix millions de sesterces ; et quoique soutenu par une cour fertile en expédients, à peine trouva-t-il le moyen de dépenser en un repas le revenu de trois provinces. [...] Si l'homme voulait revenir à la raison, quel besoin aurait-il de tant d'artifices pour flatter sa gourmandise ? Pourquoi ces marchés ? pourquoi ces chasses et ces pêches, qui dévastent les forêts et dépeuplent l'océan ?" (M. Charpentier - F. Lemaistre; revu par J. Schumacher)

Cette inscription gravée sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes prend bien tout son sens. Gardons-nous de trop d'excès: μηδὲν ἄγαν!

Valete, χαίρετε!
Par C.S. - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 avril 2008
Avete!

Dans notre système éducatif, un sujet pose question: faut-il vraiment commencer l'étude d'une langue vivante dès le primaire? Cette étude étant mise en place depuis trop peu d'années encore, nous ne pouvons, me semble-t-il, tirer des conclusions précises et présenter un bilan complet de ses bienfaits ou de ses inconvénients.

Pourtant, dans l'Antiquité du  1er siècle de notre ère, tout Romain, cultivé, cela va sans dire, était bilingue, parlait et lisait couramment le Grec et le Latin. Dans son De Institutione oratoria, Livre I, I, 12-14,  Quintilien préconisait l'étude du Grec dès le plus jeune âge, avant même celle du latin: j'en propose ici une rapide et perfectible traduction:

" A sermone Graeco puerum incipere malo, quia Latinum, qui pluribus in usu est, uel nobis nolentibus perbibet, simul quia disciplinis quoque Graecis prius instituendus est, unde et nostrae fluxerunt.
Non tamen hoc adeo superstitiose fieri uelim, udiu tantum Graece loquatur aut discat, sicut  plerisque moris est. Hoc enim accidunt et oris plurima uitia in peregrinum sonum corrupti et sermonis, cui cum graecae figurae adsidua consuetudine haeserunt, in diuersa quoque loquendi ratione pertinacissime durant.
Non longe itaque Latina subsequi debent et cito pariter ire. Ita fiet ut, cum aequali cura linguam utramque tueri coeperimus, neutra alteri officiat."


Je préfère que l'enfant commence par la langue grecque, parce que le latin qui est en usage chez la plupart des gens, on s'en imprègne pour ainsi dire malgré nous; ensuite parce qu'il faut étudier d'abord les disciplines grecques d'où nos connaissances découlent.
Toutefois, je ne voudrais pas que cela se fît si scrupuleusement que <l'enfant> ne parle ou n'étudie qu'en Grec, comme c'est le cas pour la plupart d'entre eux.Il arrive en effet que de très nombreuses fautes de langage et d'accent soient dues à des consonnances étrangères et à la pratique assidue de tournures grecques qui persistent de façon particulièrement durable quand on parle une autre langue.
C'est pourquoi le Latin ne doit pas venir trop longtemps après et <les deux langues> doivent marcher de concert. Il en résultera qu'en accordant même attention aux deux langages, aucun des deux ne prendra le pas sur l'autre.



Certes, ces recommandations du bon Quintilien ne faisaient pas l'unanimité. Dans le Livre VI, particulièrement misogyne de ses Satires, Juvénal condamnait l'engouement des femmes pour la langue de Démosthène:

"Omnia Graece: [cum sit turpe magis nostris nescire Latine]
hoc sermone pauent, hoc iram, gaudia, curas, hoc cuncta  effundunt animi secreta. quid ultra? concumbunt Graece."


Tout en Grec: alors qu'il est autrement plus honteux pour nos femmes d'ignorer le Latin. C'est dans cette langue qu'elles expriment leurs peurs, leurs colères, leurs joies, leurs soucis, dans cette langue qu'elles répandent leurs confidences. Bien plus, elles font l'amour en Grec.



Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur les méthodes d'enseignement de l'époque, mais ceci fera l'objet d'un article ultérieur...

Valete!

Par C.S. - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 14 avril 2008
Avete!

Dans cette nouvelle rubrique, "Phrases antiques à méditer", j'aimerais présenter les textes et citations grecques ou latines qui peuvent nous faire réfléchir sur des sujets aussi variés que la jeunesse, l'éducation, la société...

J'ai sélectionné aujourd'hui quelques phrases que l'on peut lire un peu partout sur le Net et dont j'aurais aimé trouver les sources exactes avec le texte original, au moins pour les deux dernières. Mes recherches se sont hélas avérées infructueuses. Elles me font cependant sourire tant ces discours vieux de plusieurs millénaires, parfois, résonnent aujourd'hui par leur étrange modernité.
C'était toujours mieux avant! Chaque génération se considère toujours meilleure que celle qui lui succède et prévoit les pires catastrophes pour les temps à venir. Et pourtant:

1) Poterie d'argile de Babylone, -3000 av. J.-C.
"Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture."

2) Prêtre égyptien, -2000 av. J.-C.
" Notre monde a atteint un stade critique! Les enfants n'écoutent pas leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin."

3) Hésiode, -720 av. J.-C.
" Je n'ai aucun espoir pour l'avenir de notre pays si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible."

4) Socrate, -470 -399 av. J.-C.
"Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais."

On me fera observer que ces brillantes civilisations, la Mésopotamie, l'Egypte et la Grèce antique, se sont éteintes. Mais faut-il en imputer la responsabilité à cette jeunesse que l'on pourfendait, à propos de laquelle ces auteurs anciens ont sans doute un peu exagéré et qui n'était probablement pas si mauvaise! l'actuelle non plus d'ailleurs!
Qu'en pensez-vous?

Valete!
Par C.S. - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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