Avete!
Dans notre système éducatif, un sujet pose question: faut-il vraiment commencer l'étude d'une langue vivante dès le primaire? Cette étude
étant mise en place depuis trop peu d'années encore, nous ne pouvons, me semble-t-il, tirer des conclusions précises et présenter un bilan complet de ses bienfaits ou de ses
inconvénients.
Pourtant, dans l'Antiquité du 1er siècle de notre ère, tout Romain, cultivé, cela va sans dire, était bilingue, parlait
et lisait couramment le Grec et le Latin. Dans son De Institutione oratoria, Livre I, I, 12-14, Quintilien préconisait l'étude du Grec dès le plus jeune âge, avant même celle du
latin: j'en propose ici une rapide et perfectible traduction:
" A sermone Graeco puerum incipere malo, quia Latinum, qui
pluribus in usu est, uel nobis nolentibus perbibet, simul quia disciplinis quoque Graecis prius instituendus est, unde et nostrae fluxerunt.
Non tamen hoc adeo superstitiose fieri uelim, udiu tantum Graece loquatur aut discat, sicut plerisque moris est. Hoc enim
accidunt et oris plurima uitia in peregrinum sonum corrupti et sermonis, cui cum graecae figurae adsidua consuetudine haeserunt, in diuersa quoque loquendi ratione pertinacissime
durant.
Non longe itaque Latina subsequi debent et cito pariter ire. Ita fiet ut, cum aequali cura linguam utramque tueri coeperimus, neutra
alteri officiat."
Je préfère que l'enfant commence par la langue grecque, parce que le latin qui est en usage chez la plupart des gens, on s'en imprègne
pour ainsi dire malgré nous; ensuite parce qu'il faut étudier d'abord les disciplines grecques d'où nos connaissances découlent.
Toutefois, je ne voudrais pas que cela se fît si scrupuleusement que <l'enfant> ne parle ou n'étudie qu'en Grec, comme c'est le cas
pour la plupart d'entre eux.Il arrive en effet que de très nombreuses fautes de langage et d'accent soient dues à des consonnances étrangères et à la pratique assidue de tournures grecques qui
persistent de façon particulièrement durable quand on parle une autre langue.
C'est pourquoi le Latin ne doit pas venir trop longtemps après et <les deux langues> doivent marcher de concert. Il en résultera
qu'en accordant même attention aux deux langages, aucun des deux ne prendra le pas sur l'autre.
Certes, ces recommandations du bon Quintilien ne faisaient pas l'unanimité. Dans le Livre VI, particulièrement misogyne de ses
Satires, Juvénal condamnait l'engouement des femmes pour la langue de Démosthène:
"Omnia Graece: [cum sit turpe magis nostris nescire Latine] hoc sermone pauent, hoc iram, gaudia, curas, hoc
cuncta effundunt animi secreta. quid ultra? concumbunt Graece."
Tout en Grec: alors qu'il est autrement plus honteux pour nos femmes d'ignorer le Latin. C'est dans cette langue qu'elles expriment leurs
peurs, leurs colères, leurs joies, leurs soucis, dans cette langue qu'elles répandent leurs confidences. Bien plus, elles font l'amour en Grec.
Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur les méthodes d'enseignement
de l'époque, mais ceci fera l'objet d'un article ultérieur...
Valete!
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